En Russie, l’anniversaire (день рождения, den rojdénia) est aujourd’hui une fête que presque tout le monde célèbre, « dans une mesure ou dans une autre » selon l’encyclopédie collaborative russe. Une table généreuse, un gâteau, des cadeaux, des toasts, des chansons : sur le papier, rien de très différent de chez nous. C’est dans les détails que la fête devient russe, et ces détails se cachent souvent dans des gestes de famille plus que dans des règles écrites.

Cette page rassemble ce que des sources sérieuses permettent d’affirmer, et signale chaque fois ce qui relève de l’usage familial, de la génération ou de la région. Elle se concentre sur la Russie ; pour les autres républiques de l’ancien espace soviétique, qui ont chacune leur langue et leurs habitudes, rendez-vous sur l’anniversaire dans les pays de l’ex-URSS. Chacune a désormais sa page, par exemple l’Ukraine, la Biélorussie, la Géorgie, le Kazakhstan ou la Lettonie.

Table d’anniversaire russe dans un salon lumineux : salade en couches, champignons et cornichons marinés, pain de seigle, gâteau aux bougies, samovar et théière.
La table russe commence par les zakouski, puis le gâteau et le thé du samovar.

Usages et superstitions du jour J

Commençons par l’une des croyances les plus citées : on ne félicite pas, et on ne fête pas, avant la date. Les articles de vulgarisation russes l’expliquent par l’ancienne importance du baptême : autrefois, la date du baptême tenait lieu d’anniversaire, et l’enfant, avant cette cérémonie, était supposé sans protection face aux mauvais esprits ; des vœux prononcés trop tôt pouvaient donc se retourner contre lui. D’autres versions disent que les anges gardiens veillent le jour de la naissance, ou que des souhaits de santé formulés d’avance attireraient la maladie. Ces explications relèvent du folklore, et les mêmes textes notent que l’idée est surtout ancrée chez les plus âgés. Les sources consultées parlent de l’avance, pas du retard : c’est la précipitation qui inquiète, pas le délai. Une astuce circule pour les impatients : préparer le cadeau et la carte, puis demander à la personne de les ouvrir le jour dit.

Autre sujet qui revient sans cesse, l’anniversaire des 40 ans. Beaucoup de Russes, dit un grand média du pays, évitent de le fêter : selon la croyance, les femmes risquent le veuvage et un vieillissement rapide, les hommes des ennuis de santé ou de travail. Les explications proposées sont variées : le nombre quarante revient dans la Bible, toujours associé à l’épreuve (le déluge, la traversée du désert, le jeûne), même si le texte ne dit rien du danger de fêter son âge ; on invoque aussi une espérance de vie très courte au XIXe siècle, qui faisait de la quarantaine une vieillesse. L’Église officielle n’y voit pourtant rien de répréhensible, et la psychologue interrogée par ce média conseille plutôt de fêter l’événement pour s’apercevoir qu’il n’a rien d’effrayant. Il s’agit donc d’une superstition largement connue mais qui n’oblige personne : selon les familles, elle est observée à la lettre, prise à la légère, ou contournée par une réunion intime plutôt qu’un grand banquet.

Les gestes de la journée sont plus joyeux. D’après l’encyclopédie russe en ligne, parmi les usages actuels figurent les bougies (autant que d’années, ou une de plus) que la personne fêtée souffle en formulant un vœu, et une coutume plus vive : tirer l’oreille de l’intéressé, autant de fois qu’il a d’années, ou d’autres gestes physiques du même genre. Un article de vulgarisation sur l’histoire de l’anniversaire cite lui aussi l’oreille tirée, avec les concours organisés pour l’occasion. Les sources ne disent pas à partir de quel âge on s’en dispense ; on peut y voir un jeu de famille, qui se pratique doucement et seulement si la personne s’y prête. La même encyclopédie mentionne l’habitude de venir chez quelqu’un sans invitation pour lui souhaiter son anniversaire : une marque d’affection plus qu’une obligation.

Une femme souriante en blouse crème reçoit un bouquet de cinq roses, trois blanches et deux roses pâles, que lui tend une main, dans un salon lumineux devant une bibliothèque
Offrir des fleurs en nombre impair est l'usage traditionnel en Russie, sans être une règle stricte.

Reste la question des fleurs. En Russie, on offre traditionnellement un nombre impair de fleurs ; un nombre pair est réservé aux tombes, par exemple deux œillets lors d’obsèques. Un magazine pratique précise qu’il s’agit de traditions et non de règles strictes, que l’origine est une hypothèse (peut-être des croyances slaves où l’impair portait chance), et que cet usage serait propre à la Russie et à la Bulgarie. Une règle attribuée à certains fleuristes, selon laquelle la parité ne compterait que « jusqu’à la douzaine », est démentie par d’autres commentateurs et reste invérifiable. Si la personne n’est pas superstitieuse, le nombre importe peu ; sinon, un bouquet de 3, 5, 7 ou 9 tiges évite toute gêne.

Pour d’autres idées de formules à glisser dans la conversation, la page souhaiter un anniversaire propose des messages dans toutes les tonalités.

Souhaiter un bon anniversaire en russe

Des formules naturelles, à dire telles quelles à l'oral ou à écrire sur une carte.

С днём рождения! s dniom rojdénia
Bon anniversaire ! La formule de base, valable avec tout le monde, tu ou vous.
Поздравляю! pozdravliáiou
Félicitations ! S'ajoute souvent à la première formule ; neutre.
Долгих лет! dólguikh liet
Longue vie ! Vœu chaleureux, plutôt pour un proche ou une personne plus âgée.
Желаю тебе счастья! jeláiou tiebié chtchástia
Je te souhaite du bonheur ! Au tutoiement, entre proches ; avec « вам » au lieu de « тебе » pour vouvoyer.
С юбилеем! s iubiliéiem
Bon jubilé ! Pour un anniversaire rond (50, 60 ans...).

Le repas et la table

Un anniversaire russe se joue d’abord à table. La culture du repas de fête repose sur les zakouski (закуски), de petites préparations servies en premier, souvent froides, au goût relevé : légumes salés ou marinés, champignons, hareng, charcuterie, salades, petits pâtés. Ils apparaissent dans la cuisine russe au XVIIIe siècle, et le repas de fête en propose un choix beaucoup plus large que le repas quotidien. Un dîner festif peut même se composer presque uniquement de zakouski. Autrefois, selon le témoignage d’Escoffier repris par l’encyclopédie russe, on dressait à part une table de zakouski, à côté de la salle à manger, pour accompagner les alcools pris avant le repas. Dans beaucoup de familles, l’hôte insiste par hospitalité : on se ressert, on goûte encore un peu, et refuser poliment une première fois fait partie du jeu. C’est un usage familial plus qu’une règle écrite.

Vue de dessus de zakouski : hareng sous sa fourrure, salade Olivier, cornichons, champignons, caviar rouge, pirojki dorés, jambon à l’aneth et pain de seigle.
Des zakouski variés, froids et relevés, ouvrent le repas de fête.

Parmi les salades de fête, deux reviennent partout. L’Olivier (оливье), né dans la seconde moitié du XIXe siècle et attribué, selon la version la plus répandue (une étude récente la conteste), à un cuisinier français de Moscou, Lucien Olivier, était à l’origine un plat luxueux (gibier, langue de veau, queues d’écrevisses). Sous le régime soviétique, il a été simplifié en une salade de pommes de terre, carottes, œufs durs, cornichons, petits pois et viande ou saucisson cuit, liée à la mayonnaise ; les ingrédients rares en faisaient un mets de fête. Le hareng sous la pelisse (селёдка под шубой) est une salade en couches de hareng salé, pommes de terre, carottes et betteraves cuites, avec de la mayonnaise entre chaque lit. Son origine est disputée : une version impériale la date de 1883, une version soviétique de 1919, et les deux relèvent de la légende. Ce qui est documenté, c’est qu’elle entre dans les livres de cuisine soviétiques à la fin des années 1960 et dans les années 1970. Avec l’Olivier, l’aspic de viande (холодец) et les mandarines, on la compte parmi les symboles de la table de fête soviétique. L’Olivier et le hareng sous la pelisse sont aussi de grands classiques du Nouvel An ; on les retrouve souvent à un anniversaire.

Viennent ensuite les plats chauds. L’usage russe considère le plat chaud comme le plat principal du repas, et le choix varie considérablement d’une famille à l’autre. Les raviolis à la viande (pelmeni, пельмени), très populaires, et les pâtés au four (pirogui, пироги) en sont des figures familières. Les pirogui désignent des pâtisseries de pâte garnie, cuites au four ou parfois frites, aux farces salées (poisson, viande, foie, pommes de terre, champignons, chou) ou sucrées (baies, fruits, fromage blanc, pavot). Il en existe de fermés, comme le koulibiak, de mi-ouverts, comme le rasstegaï, et de petits, les pirojki (пирожки). Au XVIIe siècle déjà, un voyageur allemand, Adam Olearius, décrivait le pirog comme un mets pour accueillir et régaler les hôtes : c’est un geste d’hospitalité très ancien.

À table : plats et boissons de fête

Les mots que vous lirez le plus souvent sur un menu ou entendrez autour de la table.

закуски zakoúski
hors-d'œuvre, amuse-bouches Terme général pour la première série de plats, souvent froids.
салат «Оливье» salát olivié
salade Olivier Grand classique des fêtes, surtout du Nouvel An ; pommes de terre, carottes, cornichons, œufs, viande ou saucisson, mayonnaise.
селёдка под шубой sieliódka pod choúboï
hareng sous la pelisse Salade en couches : hareng salé, pomme de terre, oignon, carotte, betterave cuite, mayonnaise.
холодец kholodiéts
viande en gelée Plat de fête traditionnel, servi froid.
пирог pirók
tourte, pâté au four Au pluriel « пироги » (pirogí) ; pâtisserie au four garnie, sucrée ou salée.
пирожки pirojkí
petits pâtés Version individuelle du pirog.
морс mors
boisson de baies Boisson sans alcool, à base de baies.
компот kompót
compote à boire Boisson de fruits cuits, sans alcool.
чай tchaï
thé Désigne aussi le moment où l'on boit le thé ensemble.

Côté boissons, l’alcool existe, mais il n’est pas obligatoire. La table compte aussi le kvas (квас, boisson ancienne peu alcoolisée), le mors (морс, boisson de baies) et la compote (компот). Et il y a le thé. Venu d’Asie au XVIIe siècle, il se prépare traditionnellement au samovar, objet apparu en Russie au XVIIIe siècle, dans l’Oural et à Toula, dont les premières productions officielles remontent à 1778. Placé au centre de la table, le samovar rassemblait la famille et les invités pour un moment de conversation sans hâte. À quel moment on sert le thé dépend des familles. Pour composer un menu entier, consultez notre page sur le repas de fête, qui détaille les entrées, plats et desserts.

Samovar en laiton sur une table en bois, verres à thé en support métallique, pot de confiture de baies, carafe de mors rouge, pâtisseries sucrées et airelles.
Le thé du samovar, le mors de baies et les petites pâtisseries finissent la fête.

Les gâteaux et la tarte du fêté

Aujourd’hui, l’encyclopédie russe parle d’un gâteau ou d’une tarte garnie de bougies. Aucun choix n’est obligatoire, mais trois noms reviennent dans les cuisines. Le Napoléon (наполеон) empile des couches de pâte feuilletée et de crème au beurre ou de crème pâtissière, et se laisse imbiber au moins une à deux heures ; son origine est incertaine, une version le liant au centenaire de la victoire de 1812, célébré en 1912. Le medovik (медовик, gâteau au miel) superpose trois disques au miel séparés par une crème à base de crème aigre ; il date de 1957 selon la fiche de l’encyclopédie russe, qui précise que l’histoire d’une impératrice qui l’aurait inspiré n’est étayée par aucun livre de cuisine ancien : c’est un gâteau de l’époque soviétique. Il est répandu bien au-delà de la Russie dans l’espace postsoviétique. Enfin le ptitchié moloko (птичье молоко, littéralement « lait d’oiseau ») est une confiserie à base de soufflé. Les familles restent libres : tarte aux fruits, gâteau acheté chez le pâtissier ou gâteau maison selon les moyens et les envies.

Avant le gâteau, il y avait la tarte, et c’est elle qui donne son sens à toute la fête. Dans la Russie d’avant la Révolution, la fête du prénom s’accompagnait d’un grand pâté, le pirog d’imeniny, que l’on distribuait aux proches. On le cuisait la veille, on l’offrait le matin, et le recevoir valait invitation au dîner ; les parrains et marraines recevaient des pirogui sucrés, les plus précieux. La garniture et la taille exprimaient la nature des liens avec le fêté. Le soir, on apportait un grand gâteau de pâte sucrée décoré de figurines de pâte, de fruits et de baies. Une comptine enfantine connue sur un gros pain de fête évoque cette ancienne coutume. Aujourd’hui, ce rite a presque disparu, et il en reste surtout l’idée qu’une pâtisserie faite à la maison compte plus qu’une pâtisserie parfaite.

Deux parts de gâteau sur des assiettes blanches : un Napoléon feuilleté et un medovik au miel en couches avec crème, devant une théière et un gâteau à bougies.
Napoléon feuilleté ou medovik au miel : deux gâteaux classiques des tables russes.

Côté bougies, l’usage cité par l’encyclopédie en ligne est simple : autant que d’années, ou une de plus, que la personne fêtée souffle en formulant un vœu. Le geste est le même qu’ailleurs. Dans une fête d’enfant, la ronde chantée autour du héros du jour s’y ajoute, nous y reviendrons plus bas.

Les invités et les toasts

À une table russe, on prononce des toasts. Le mot toast vient de l’anglais et s’est installé en russe dans la première moitié du XIXe siècle ; auparavant, on parlait de zdravitsy (здравицы), des « paroles pour la santé ». Une formule comme « За твоё здоровье ! » ou « Долгих лет ! » en est l’héritière directe.

Qui parle, et dans quel ordre ? C’est là que l’on gagne à rester prudent. L’article de l’encyclopédie sur le toast, qui décrit l’étiquette officielle en général, indique que le maître de maison parle en premier, puis l’invité d’honneur, et que les discours suivent le dessert quand le champagne est servi. À un anniversaire en famille, nous n’avons trouvé aucune séquence documentée : dans beaucoup de familles, l’hôte ou un proche lance le premier toast à la personne fêtée, puis chacun y va de son mot, d’une anecdote ou d’un souhait. Pour les grands repas, on fait parfois appel à un animateur de table, le tamada (тамада). Le mot et la fonction viennent de Géorgie ; le tamada fixe l’ordre des discours et des toasts, organise les numéros et boit nettement moins que les convives, voire pas du tout. Après la fin de l’URSS, cette figure s’est répandue dans les anciennes républiques soviétiques. Dans un repas de famille, c’est souvent l’hôte qui en tient le rôle, sans le titre : usage familial, sans règle.

Quatre convives élégants rient en trinquant avec des verres de compote de baies rouges autour d’une table de fête garnie, bougies allumées et gâteau aux framboises.
On porte un toast à la santé du fêté, avec une compote ou un thé si l'on préfère.

Vous entendrez peut-être parler du « troisième toast ». Il s’agit d’une coutume des milieux militaires, attestée dans l’armée soviétique, sans origine datée : un toast en mémoire des camarades disparus, bu debout, en silence et sans trinquer (не чокаясь). Il n’a rien d’une règle d’anniversaire, et ce « sans trinquer » désigne un hommage aux morts : c’est pourquoi on ne le mime pas pour un jeu de table.

Une phrase de modération : l’alcool est facultatif, jamais un devoir. Un guide pratique des zakouski note qu’on n’est pas tenu de vider son verre à chaque toast, qu’on peut décliner poliment et lever un verre de thé, de compote ou de mors. La règle d’or reste de ne pas commencer à boire avant que le toast soit prononcé et de manger entre les verres. Le toast est un geste d’amitié, pas une épreuve d’endurance.

Lever son verre

Formules de toast courantes, avec ou sans alcool.

За твоё здоровье! za tvaïó zdaróvie
À ta santé ! Au tutoiement, entre proches.
За именинника! za imenínnika
À celui qu'on fête ! Pour le fêté (masculin) ; « за именинницу » pour une femme.
За здоровье! za zdaróvie
À la santé ! Toast de base : on boit à la santé de quelqu'un.
За ваше здоровье! za váchie zdaróvie
À votre santé ! Version plus formelle, au vouvoiement.
Будем здоровы! boúdiem zdaróvy
Restons en bonne santé ! Se dit en trinquant.

Les cadeaux

Les cadeaux sont, d’après l’encyclopédie russe, souvent faits à la main, avec l’usage d’offrir des fleurs aux femmes et des jouets aux enfants. Rien ne contraint à suivre cette répartition : un livre, un objet pour la maison, un vêtement ou une soirée à deux font aussi bien l’affaire. L’essentiel est le soin de l’emballage, et le mot qui l’accompagne.

Cadeau emballé de papier rose et noué d’un ruban vert pistache, posé près d’une écharpe tricotée à rayures, d’un livre à couverture de toile et de fleurs séchées.
Un cadeau fait main ou soigneusement emballé compte autant que sa valeur.

Des listes de « cadeaux à éviter » circulent sur les sites russophones. Le plus connu est la montre, qui symboliserait le temps qui passe et, par extension, la séparation ; on cite aussi le couteau (qui évoquerait la rupture, et que l’on contourne en demandant une pièce de monnaie en échange), la boîte ou le porte-monnaie vides, le miroir. Un grand média ukrainien publié en russe présente ces idées comme des signes et des croyances populaires, sans preuve, et ne les attache pas à la Russie : pour les montres, il cite surtout des traditions chinoise et japonaise. Ce sont donc des superstitions qui circulent, pas des règles d’étiquette. En cas de doute sur la sensibilité de la personne, choisissez simplement un autre cadeau. Des pistes sont réunies sur notre page idées cadeaux.

Cartes et cadeaux

Quelques mots utiles pour offrir et écrire.

открытка otkrýtka
carte postale Le mot de base ; sert aussi de carte de vœux.
подарок podárok
cadeau Objet offert sans contrepartie.
букет boukiét
bouquet Par tradition, on offre un nombre impair de fleurs ; le nombre pair est réservé aux enterrements.
цветы tsvietý
fleurs Pluriel de « цветок » (fleur) ; c'est la forme employée pour offrir des fleurs.
От всей души! ot vsiéï douchí
De tout cœur ! À écrire sur une carte pour accompagner un cadeau.
С любовью s liubóviou
Avec amour Fin de lettre ou de carte, plutôt informelle.

Les cartes de vœux, ces открытки

La carte (открытка, otkrýtka) accompagne souvent le bouquet. Son histoire russe est assez bien documentée pour les cartes en général. La carte postale impériale est introduite en mars 1872 ; en 1894, les éditeurs privés obtiennent le droit d’en publier, alors que l’État en avait jusque-là le monopole. Après la révolution, Noël et le Nouvel An sont traités de traditions bourgeoises et leur célébration est officiellement découragée de 1925 à 1935 ; la première carte soviétique de Nouvel An aux étoiles du Kremlin date de 1939. À partir de 1953, avec le dégel, la carte connaît un nouvel essor, et son répertoire reflète l’époque (le travail, les grands chantiers, puis l’espace, les animaux humanisés, le sport). Les sources consultées détaillent surtout la carte de Nouvel An ; nous n’avons pas trouvé d’étude précise sur la carte d’anniversaire soviétique, et nous ne prétendons donc rien de plus.

Aujourd’hui, la carte d’anniversaire se lit comme ailleurs, avec des vœux de santé, de bonheur et de réussite. Pour trouver des idées de textes et de modèles, notre rubrique cartes d’anniversaire est un bon point de départ.

Pile de cartes illustrées en éventail sur un bureau en bois : fleurs aquarellées et bouleaux enneigés, avec un stylo-plume, une tasse en porcelaine et des fleurs séchées.
Fleurs ou bouleaux : la carte garde sa place pour les vœux de santé et de bonheur.

L’anniversaire de l’enfant, à la maison et en classe

Pour un enfant, la fête commence souvent par la ronde. La khorovod (хоровод) est une ronde chantée ; la plus célèbre, Karavaï (каравай), est une chanson-jeu traditionnelle, pratiquée dans les jardins d’enfants et aux anniversaires. Les enfants tournent autour du héros du jour, placé au centre, puis un autre enfant, dont le nom est prononcé, le rejoint à son tour. Les fiches de jeux des jardins d’enfants le proposent surtout aux petits, à partir de quatre ans environ, parfois dès deux ans et demi. L’encyclopédie russe la présente comme la chanson traditionnelle des fêtes d’enfants, à côté de la version russe de « Happy Birthday ».

À la maison, la fête reprend les gestes déjà décrits : gâteau ou tarte, bougies, vœu, repas, avec des concours et des jeux. Le reste (taille de la fête, durée, présence des grands-parents ou seulement des camarades) relève entièrement des habitudes familiales.

Cinq enfants en tenues de fête se tiennent par la main en ronde autour d’une petite fille, devant deux parents souriants et une table avec tarte et boissons.
La ronde autour de l'enfant fêté est un jeu de fête pour les plus jeunes.

À l’école, nous n’avons trouvé ni règle nationale ni usage solidement documenté. Des parents évoquent sur des forums la tradition de partager des friandises avec la classe, mais cela dépend de chaque établissement, et certains l’encadrent à cause des allergies. Le plus sûr, comme partout, est de demander à l’enseignant. Pour une fête d’enfant réussie, la page anniversaire enfant donne les règles de base, et l’article sur le déroulement d’un anniversaire d’enfant décompose l’après-midi.

La fête des enfants

Quelques mots et phrases que l'on entend à un anniversaire d'enfant.

каравай karaváï
grand pain rond de fête Pain de fête traditionnel, partagé à l'origine entre les invités d'un mariage.
хоровод khorovód
ronde chantée Ancienne danse collective où l'on tourne en rond en chantant.
детский сад diétskiï sad
école maternelle, jardin d'enfants Établissement pour enfants d'âge préscolaire, de 3 à 7 ans environ.
Загадай желание! zagadáï jelánie
Fais un vœu ! À dire juste avant de souffler les bougies.
Задуй свечи! zadoúï sviétchi
Souffle les bougies ! Au tutoiement, à un enfant ou un proche.

La fête du prénom, именины

Il y a en Russie une seconde fête que l’on confond souvent avec la première : les iméniny (именины, « fête du nom »). C’est le jour de la mémoire du saint dont on a reçu le prénom au baptême, selon le calendrier des saints orthodoxe (святцы, sviátsy), et non le jour de la naissance. On la nomme aussi « jour de l’Ange » (день ангела). Comme on baptisait peu après la naissance, les deux dates étaient souvent proches, mais pas toujours : l’encyclopédie donne l’exemple d’une Anna née le 20 novembre, qui fête ses именины le 3 décembre. La tradition s’installe en Russie au XVIIe siècle. Autrefois, elle était plus importante que l’anniversaire : on allait à l’église, on communiait, on préparait les pains et pirogui, on les offrait, et le soir on se réunissait pour un repas chanté.

Grand pirog tressé doré garni de baies, déjà en partie tranché sur une planche en bois, avec une serviette brodée de motifs rouges, une bougie allumée et des framboises.
Le pirog, tarte garnie, donnait son sens à la fête du prénom d'autrefois.

Les anniversaires, eux, ne se répandent qu’au XIXe siècle, d’abord dans certains milieux comme la noblesse et les marchands aisés. Après la Révolution, la fête du prénom perd de son éclat, parce qu’elle est liée à la religion, et dans les années 1920 et 1930 sa célébration est officiellement combattue. Aujourd’hui, on célèbre surtout l’anniversaire, et beaucoup de parrains ignorent même la date de fête de leur filleul. Les именины vivent encore dans les familles pratiquantes. Une nuance, rappelée par le site orthodoxe Azbyka : il s’agit d’une tradition gréco-russe que les Églises géorgienne et bulgare ne connaissent pas. Pour la version française de cette idée, voyez nos cartes pour la fête des prénoms.

Fête du prénom et anniversaires ronds

Vocabulaire des fêtes liées au nom, à la date de naissance et aux grands âges.

именины imeníny
fête du prénom Jour du saint dont on porte le nom ; pluriel uniquement.
день ангела dien ánguiela
jour de l'Ange Autre nom des именины, vieilli.
святцы sviátsy
calendrier des saints Pluriel uniquement ; sert à retrouver sa date de fête.
именинник imenínnik
celui qui fête son jour (masc.) Le fêté d'un anniversaire ordinaire, par extension familière.
именинница imenínnitsa
celle qui fête son jour (fém.) Pendant féminin de именинник.
юбилей iubiliéï
anniversaire rond, jubilé Se dit d'un 50e, 60e anniversaire, et aussi d'une institution.
юбиляр iubiliár
la personne fêtée pour son jubilé Masculin ; pour une femme, on dit « юбилярша ».

Les anniversaires ronds, юбилей

Quand l’âge se termine par un zéro, on parle de iubiliéï (юбилей), un mot d’origine latine, issu de l’hébreu yovel, la « corne de bélier » qui annonçait l’année jubilaire. Le terme désigne en russe une célébration solennelle, souvent d’une date de cinquante ans ou de multiples de dix ou de vingt-cinq ; la personne fêtée est le iubiliár (юбиляр). L’encyclopédie le définit comme une célébration à l’occasion d’un cinquantenaire, d’un centenaire ou d’un millénaire, et note que les jubilés privés (anniversaires, noces, fondation d’une entreprise) sont d’ordinaire des multiples de dix et de vingt-cinq ans. Comme pour les 40 ans, la tradition varie : certains font un grand repas avec famille et collègues, d’autres préfèrent un moment intime.

Longue table de fête dans une salle aux lustres : nappe blanche, verres en cristal, pivoines roses en bouquets et grand gâteau à étages orné de fleurs.
Pour un jubilé, on dresse une grande table et l'on soigne chaque détail.

Un jubilé a souvent un petit air d’événement : on réserve une salle ou on dresse une grande table, on prépare des discours, on invite les amis de toujours. Les toasts sont plus longs et les cadeaux plus soignés. Pour inviter, vous trouverez des modèles dans la page invitation 50 ans, qui convient aussi à un jubilé à la russe. Ces habitudes sont des tendances et non des règles : nous n’avons pas trouvé de source sérieuse sur le détail du protocole d’un jubilé.

Chansons et phrases de fête

Côté chansons, deux incontournables. La première est Karavaï, déjà évoquée, du répertoire traditionnel des fêtes d’enfants, dont l’auteur n’est pas identifié. La seconde est « Пусть бегут неуклюже » (Poust’ biéhout nieklioújé), dont la musique est de Vladimir Chaïnski et les paroles d’Alexandre Timofeïevski. Elle est née en 1971, et le rédacteur en chef du studio Soyouzmoultfilm l’a qualifiée d’« hymne du jour de naissance de chaque Soviétique ». Elle a été créée dans le dessin animé Tchebourachka. Son thème est la joie de l’anniversaire, ce jour qui, regrette la chanson, ne revient qu’une fois par an. Nous ne citons pas ses paroles, qui sont protégées. À côté, on chante aussi la version russe de « Happy Birthday ». Pour des idées de répertoire côté français, voyez les chansons de joyeux anniversaire.

Une femme sourit en jouant du piano dans un salon chaleureux, tandis qu’un homme joue du ukulélé ; un gâteau au chocolat aux bougies allumées est posé près d’eux.
Au piano ou à la guitare, on chante les classiques des fêtes d'anniversaire.

Quant aux phrases, elles sont directes : « С днём рождения ! », « Поздравляю ! », « Долгих лет жизни ! », « Здоровья и счастья ! ». On y ajoute souvent un souhait précis : de la santé, de l’amour, des enfants qui réussissent, un travail qui plaît. Le tutoiement (ты) se réserve aux proches, le vouvoiement (вы) aux collègues et aux personnes plus âgées ou moins connues ; le choix guide aussi les formules de politesse. Quelle que soit la formule, elle gagne à être dite en regardant la personne, avec un geste, un bouquet ou une carte.

Un dernier conseil de bon sens pour qui est invité à une table russe : arrivez avec un petit cadeau et un bouquet impair, goûtez de tout, complimentez l’hôte pour chaque plat et n’hésitez pas à demander la recette. La plus belle façon de souhaiter un anniversaire à la russe, c’est de partager la table.

Questions fréquentes

Pourquoi les Russes disent-ils qu'il ne faut pas fêter son anniversaire à l'avance ?

La croyance veut que des vœux ou une fête prononcés avant la date attirent le malheur, parce que les anges gardiens ne les « transmettraient » pas ou parce que l'on souhaiterait la santé trop tôt. Elle s'explique par l'ancienne importance du baptême, qui tenait lieu d'anniversaire. Elle relève du folklore, surtout ancrée chez les plus âgés, et rien ne vous empêche de préparer un cadeau et une carte à ouvrir le jour dit.

Est-il vrai que l'on ne fête pas ses 40 ans en Russie ?

C'est une superstition très connue : selon la croyance, fêter le quarantième anniversaire porterait malheur, aux femmes comme aux hommes. L'Église officielle n'y voit pourtant rien de répréhensible, et beaucoup de familles la contournent avec une réunion intime. Dans les faits, tout dépend des personnes et des générations.

Combien de fleurs offrir à une Russe pour son anniversaire ?

Un nombre impair de tiges, car le nombre pair est réservé aux tombes selon l'usage traditionnel. Il s'agit d'une tradition et non d'une règle stricte, et une personne peu attachée aux superstitions n'y prêtera pas attention. Pour un petit bouquet, 3, 5, 7 ou 9 fleurs conviennent.

Quelle différence entre l'anniversaire et la fête du prénom (именины) ?

L'anniversaire célèbre la date de naissance. La fête du prénom (именины, « jour de l'Ange ») célèbre le jour de mémoire du saint dont on porte le nom, d'après le calendrier orthodoxe. Plus importante autrefois, elle s'est effacée au XXe siècle et se vit surtout aujourd'hui dans les familles pratiquantes.

Quels plats trouve-t-on sur une table d'anniversaire russe ?

On y trouve en général des zakouski (légumes salés, hareng, charcuterie, petits pâtés), des salades comme l'Olivier ou le hareng sous la pelisse, un plat chaud et un gâteau, avec du thé, de la compote ou du mors. L'alcool est facultatif. Le menu varie beaucoup selon les familles et les moyens.

Sources

  1. Именины, Википедия
  2. День рождения (раздел о России), Википедия
  3. Юбилей, Википедия
  4. Тост, Википедия
  5. Тамада, Википедия
  6. Закуска, Википедия
  7. Оливье (салат), Википедия
  8. Пирог, Википедия
  9. Русская кухня, Википедия
  10. Наполеон (торт), Википедия
  11. Медовик (торт), Википедия
  12. Именины: традиция, Азбука веры
  13. Как отмечали дни рождения русские цари и императоры, Рамблер / Вокруг света
  14. Сельдь под шубой, Знание.Россия
  15. Почему 40 лет не отмечают, Лента.ру
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