Un anniversaire qui se raconte par la table

Cherchez-vous, au Kazakhstan, une cérémonie d’anniversaire aussi codifiée qu’un mariage ? Les sources consultées pour cette page ne la décrivent pas. Elles décrivent en revanche avec précision la façon de recevoir : la nappe dressée, le thé versé à moitié, la bénédiction d’un aîné, les baursaks. Or c’est exactement ce qui entoure une fête de famille kazakhe, et donc, selon les foyers, un anniversaire. Nous nous en tenons à ce qui est documenté, et nous disons quand ça ne l’est pas.

Le Kazakhstan est un État à part entière, avec sa langue, le kazakh, écrit en cyrillique, et ses coutumes de steppe. Les usages de la Russie voisine sont autres : on ne plaque pas l’un sur l’autre.

Pour situer le pays parmi les autres États de l’ex-URSS, le sommaire permet de comparer sans confondre.

Le dastarkhan, du thé aux baursaks

Le mot dastarkhan désigne la nappe ou la table basse sur laquelle on sert, et par extension tout le repas offert à ses hôtes. Un guide de voyage le décrit comme une table ronde et basse, que l’on rencontre surtout dans les maisons rurales et lors des fêtes. La place d’honneur est au fond, le plus loin de la porte, et l’on s’assoit selon l’âge et le rang. Les hommes et les femmes mangent ensemble.

Selon un site d’histoire kazakh, un repas d’invités se déroule en trois temps : les plats froids (salades, charcuteries, viandes, fromage), le plat de viande bouillie, puis le thé. Avant de commencer, l’aîné de la tablée dit la bénédiction. Dans certaines maisons on se lave les mains avant et après.

Femme en blouse crème versant du thé noir dans un petit bol de porcelaine, devant des baursaks dorés, des abricots secs, des raisins, des bonbons, un pichet de lait et un pain rond
Le thé se sert à moitié, dans de petits bols, pour que l'hôte puisse le renouveler et honorer ses invités.

Le thé est partout. On ne remplit pas le bol (piala) à ras bord : on le verse à moitié et on le ressert souvent, et l’on tend son bol vide à l’hôtesse pour en redemander. Refuser le thé peut passer pour impoli. L’hôte demande volontiers si l’on préfère un thé noir ou un thé au lait. Au moment du thé arrivent les fruits secs, les confiseries, les gâteaux et les baursaks, ces beignets de pâte levée frits, ronds ou carrés, qu’un guide présente comme un élément quasi obligé d’un dastarkhan complet. Notre page sur le repas de fête aide à bâtir une table de ce genre chez vous.

Le pain plat a aussi sa dignité : en 2016, l’UNESCO a inscrit sur la liste du patrimoine immatériel la culture de la fabrication et du partage du pain plat, dossier déposé par cinq États dont le Kazakhstan. La description officielle rappelle qu’il se fait à plusieurs, souvent en famille, et qu’on le partage lors des fêtes et des grands moments de la vie.

Le plat de viande et le partage selon le rang

Le plat principal d’un repas d’invités est le beshbarmak, de la viande bouillie, le plus souvent du mouton, servie sur un grand plat et découpée par une personne experte. La viande se distribue selon le rang : c’est le tabak tartu, le « partage des plats ». Les morceaux les plus honorables, dont la tête de mouton, vont à l’aîné ou à l’invité d’honneur, qui les répartit ensuite. Une description précise que l’hôte ne termine jamais avant ses invités. Une répartition maladroite est vue comme un manque d’égards.

Nous n’avons trouvé aucune source qui lie le beshbarmak à l’anniversaire en particulier, et nous ne l’affirmons pas. On peut seulement dire qu’il tient la première place des tables de fête où l’on veut honorer des hôtes. À la fin du repas, l’hôtesse peut proposer de quoi emporter des friandises, le sarkyt.

Homme en chemise claire posant un grand plat fumant de beshbarmak, pâtes fines, agneau bouilli et rondelles d’oignon, près d’un bol de bouillon, devant des convives attablés
Le beshbarmak, grand plat de viande et de pâtes fines, arrive à table sous les regards gourmands des convives.

La bata, bénédiction de l’aîné

Aucune fête kazakhe ne semble complète sans la bata. Un portail du patrimoine culturel l’explique ainsi : l’hôte ou un plus jeune demande à la personne la plus âgée et la plus respectée de bénir l’assemblée, et celle-ci, mains ouvertes, formule des souhaits de prospérité, de bonheur pour la maison, d’abondance sur la table, de santé et de longue vie pour les enfants. Les autres tendent leurs paumes et écoutent en silence. À la fin, tous disent « Aumin » et passent les mains sur leur visage, comme pour se laver. Selon les sources, la bénédiction s’adresse au début du repas ou à la fin, ou bien elle accompagne le départ d’un invité.

Les sources que nous avons ouvertes ne relient pas la bata à l’anniversaire d’un adulte. Mais rien n’interdit d’inviter à votre table la personne la plus âgée pour quelques mots avant de couper le gâteau, dans l’esprit de cette coutume. Pour accompagner ces mots, nos messages d’anniversaire donnent des tournures chaleureuses.

Tusaukeser, la fête des premiers pas

La fête de l’enfance la plus décrite est le tusaukeser, « la coupe des entraves ». Elle marque les premiers pas, vers un an, et un site de voyage la présente comme la première fête d’anniversaire du bébé. La petite enfance kazakhe a d’ailleurs ses étapes : la naissance fêtée la première semaine (shildekhana), l’installation dans un berceau sculpté (besik salu), puis, vers le quarantième jour, un bain, la première coupe de cheveux et d’ongles et l’annonce du prénom.

Le jour du tusaukeser, on attache les pieds de l’enfant avec une corde noire et blanche, parfois nouée en huit. Un aîné prononce la bénédiction, puis une personne respectée coupe la corde, et deux adultes guident l’enfant sur un tissu blanc, le « chemin blanc », aq jol. Selon les récits, les deux couleurs évoquent le bien et le mal. La fête s’achève par le shashu : des bonbons et des pièces sont lancés au-dessus des invités.

Une grand-mère en foulard vert guide un tout-petit qui marche dans un salon, près d’une table de beignets dorés, de bonbons et d’abricots secs, avec une corde noire et blanche.
Le tusaukeser fête les premiers pas de l'enfant avec une corde noire et blanche.

Les hôtes remettent de petits cadeaux de remerciement, souvent des boîtes de bonbons, et l’on porte des toasts à la santé de l’enfant. Aujourd’hui, de nombreuses familles tiennent la fête dans un restaurant. Pour un premier anniversaire chez vous, vous trouverez des cadeaux et jeux pour un bébé d’un an, et notre page sur l’anniversaire d’un enfant détaille l’organisation du goûter.

Les âges qui comptent : le mushel zhas

Si l’on cherche des âges marquants, la tradition kazakhe en connaît d’un autre genre que nos « chiffres ronds ». Le mushel zhas est un cycle de douze ans, rattaché au calendrier des douze animaux, et les années de passage tombent à 13, 25, 37, 49, 61 ans, puis 73, 85 et 97. Un site d’histoire les décrit comme des étapes de la vie : à 13 ans le début de l’adolescence, à 25 le sommet de la jeunesse, à 37 la maturité de jugement, à 61 le temps de la sagesse. D’après un guide de voyage, un homme pouvait être appelé aksakal, « barbe blanche », s’il avait des petits-enfants.

Les sources divergent sur la façon dont on marque ces années aujourd’hui, et nous n’avons pas trouvé de rituel d’anniversaire d’adulte ou de jubilé qui soit solidement décrit. Si vous connaissez quelqu’un qui franchit l’un de ces âges, c’est une attention délicate que de l’évoquer, en lui demandant ce que cela représente pour lui ou pour elle.

Une femme aux cheveux gris et sa fille rient en tenant leur tasse de thé devant un petit gâteau à une bougie et une assiette de baursaks dorés, dans une cuisine claire.
Entre générations, on rit, on partage le thé et les baursaks dorés, et l'anniversaire devient un moment de tendresse.

Invité chez une famille kazakhe

Ne venez pas les mains vides : des sucreries, des fruits, du thé ou un petit souvenir de chez vous sont appropriés, et un jouet ou une friandise pour les enfants. On retire ses chaussures à l’entrée, souvent contre des chaussons proposés par l’hôte, et l’on s’habille de façon soignée. Les bonnes manières valent partout : ne pas couper la parole aux aînés, ne pas passer le bras au-dessus de la table. Si l’hôte vous tend un morceau de pain plat, ne le refusez pas.

Femme en manteau rose tenant une boîte cadeau nouée d’un ruban doré, accueillie dans l’entrée par une hôtesse en robe verte qui lui tend des chaussons, chaussures rangées sur une étagère
En arrivant chez l'hôte, on laisse ses chaussures à l'entrée et on offre un petit cadeau avec le sourire.

À la fin du repas, quand la bata est dite, restez assis, paumes ouvertes devant vous et tête légèrement inclinée, puis passez les mains sur le visage avec les autres.

Un mot sur l’alcool : sur la partie froide du repas, il peut y en avoir, mais un site kazakh précise qu’on en sert peu dans le sud du pays et dans certaines familles musulmanes. Portez un toast à la santé de la personne fêtée avec ce que vous voulez, et avec modération : le thé fait très bien l’affaire. Vous trouverez d’autres idées de présents dans nos idées de cadeaux.

Souhaiter l’anniversaire en kazakh

Pour un proche d’origine kazakhe, la langue la plus touchante est le kazakh lui-même, en cyrillique. Au tutoiement, entre amis, on dit Туған күніңмен ! ou Туған күнің құтты болсын !. Avec un aîné ou une personne que l’on vouvoie, la forme polie est Туған күніңіз құтты болсын !, que l’on retrouve jusque dans les messages officiels. Elle se traduit à peu près par « que votre anniversaire soit béni ». On y ajoute volontiers un souhait de santé et de longue vie pour la personne et pour sa famille, dans l’esprit de la bata.

Quelques mots kazakhs pour la fête

Formules d'anniversaire et mots de la table, en cyrillique kazakh.

Туған күніңмен! tou-ghane kou-nine-mène
Bon anniversaire ! Au tutoiement, entre amis et proches du même âge.
Туған күнің құтты болсын! tou-ghane kou-nine kout-ty bol-sène
Que ton anniversaire soit béni ! Au tutoiement, un peu plus appuyé que la formule courte.
Туған күніңіз құтты болсын! tou-ghane kou-ni-nize kout-ty bol-sène
Que votre anniversaire soit béni ! Au vouvoiement, pour un aîné ou en message soigné ; on y ajoute santé et longue vie.
бата bata
bénédiction Souhaits prononcés par la personne la plus âgée de la tablée, paumes ouvertes.
дастарқан dastarkhane
nappe dressée, table de fête Désigne aussi tout le repas offert aux hôtes.
бауырсақ baourssak
beignet de pâte frite Servi avec le thé, rond ou carré, à toute fête de famille.
тұсаукесер tou-saou-kessère
coupe des entraves (fête des premiers pas) Fête de l'enfant qui commence à marcher, vers un an.
шашу cha-chou
lancer de friandises et de pièces Geste de joie vers la fin du tusaukeser.

Écrivez la formule en cyrillique si vous le pouvez : une transcription en lettres latines, qui n’est pas la graphie officielle, fait moins d’effet. Évitez de transposer tel quel un usage d’un pays voisin : ni la fête du prénom ni le gâteau à bougies ne sont, dans nos sources, une règle kazakhe. Pour voir ce qui se fait chez les voisins, passez par l’Ouzbékistan, où l’on reçoit d’abord avec le thé et le pain.

Le Kirghizistan connaît lui aussi une fête de la coupe des entraves, que sa page détaille. Et pour choisir les mots d’une carte, souhaiter un anniversaire propose d’autres pistes.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le tusaukeser au Kazakhstan ?

C'est la fête des premiers pas, tenue vers un an, quand l'enfant commence à marcher. On lui attache les pieds avec une corde noire et blanche, qu'une personne respectée coupe après la bénédiction d'un aîné, puis on le guide sur un tissu blanc. Des bonbons et des pièces sont lancés aux invités (shashu). Un site de voyage la présente comme le premier anniversaire du bébé.

Que signifie la bata et quand la dit-on ?

La bata est une bénédiction prononcée par la personne la plus âgée ou la plus respectée. Mains ouvertes, elle souhaite prospérité, bonheur à la maison, abondance sur la table, santé et longue vie aux enfants. Chacun tend ses paumes, puis tous disent « Aumin » et passent les mains sur le visage. Selon les sources, on la dit au début du repas, à la fin ou au départ d'un invité.

Comment souhaiter bon anniversaire en kazakh ?

Entre amis, on dit Туған күніңмен ! ou Туған күнің құтты болсын !. Avec un aîné ou au vouvoiement, la forme polie est Туған күніңіз құтты болсын !, qui signifie à peu près « que votre anniversaire soit béni ». On ajoute volontiers un souhait de santé et de longue vie. Mieux vaut l'écrire en cyrillique, l'écriture officielle du kazakh.

Que faut-il apporter quand on est invité chez une famille kazakhe ?

Des sucreries, des fruits, du thé ou un petit souvenir de chez vous sont appropriés, et une friandise ou un jouet pour les enfants. On retire ses chaussures à l'entrée et l'on porte une tenue soignée. À table, on suit la place indiquée par l'hôte, on ne coupe pas la parole aux aînés et l'on accepte le thé et le pain qu'on vous tend.

Sources

  1. Traditional life in the steppe: child's first steps and upbringing, e-history.kz
  2. Table manners ethics, e-history.kz
  3. Mushel zhas, e-history.kz
  4. Nauryz, the tastiest festival, e-history.kz
  5. Visiting a Kazakh family, Welcome to Kazakhstan
  6. Bata beru, blessing of elders, Qazaq Culture
  7. Timeless Kazakh traditions from birth to adulthood, The Astana Times
  8. Celebrating early childhood traditions in Kazakhstan, Culture Honey
  9. Taba tartu, asar i konakasy : traditions kazakhes, WE Project
  10. Семейные традиции в Казахстане, Advantour
  11. How to celebrate first birthday of a child as per Kazakh traditions, WE Project
  12. Kazakh childbirth traditions, Orexca
  13. Flatbread making and sharing culture, décision 11.COM 10.b.2, UNESCO
  14. Message d'anniversaire officiel en kazakh, Comité de l'aérospatiale, gov.kz
  15. Vœux d'anniversaire en kazakh, AhaSlides